Corrigé EAF Amérique Nord 2025 — Commentaire Montaigne & dissertations

Corrigé EAF Amérique Nord 2025 — Commentaire Montaigne & dissertations

Voici le corrigé EAF Amérique Nord 2025 : un commentaire guidé de Montaigne et trois dissertations entièrement rédigées (Prévost, Balzac, Colette), avec rappels méthodologiques et liens officiels utiles (Eduscol, BnF/Gallica, France Culture, Persée) pour aller plus loin.


Commentaire — Montaigne, Essais, I, 42 « Sur l’inégalité entre les hommes »

Michel de Montaigne, extrait des Essais, « Sur l’inégalité entre les hommes », Livre I, Chapitre 42. Ce passage est une réflexion critique sur la manière dont la société humaine évalue les hommes, en s’appuyant davantage sur des apparences ou des qualités extérieures que sur la véritable vertu morale.

Michel de Montaigne, grand penseur humaniste du XVIe siècle, s’interroge dans ses Essais sur les comportements humains, leur logique et leurs travers. Dans l’extrait étudié, issu du chapitre « Sur l’inégalité entre les hommes », Montaigne invite le lecteur à s’interroger sur les critères de jugement que l’on applique aux êtres humains. Alors qu’on juge les animaux pour leurs qualités propres, on admire trop souvent les hommes pour des apparences ou des biens extérieurs. Quelle critique Montaigne formule-t-il ici sur les jugements que nous portons sur autrui, et que propose-t-il en contrepartie ? Nous verrons que Montaigne dénonce dans ce texte la superficialité des jugements sociaux (I), pour mieux inviter à une évaluation fondée sur les qualités intérieures (II), selon une perspective humaniste qui valorise l’autonomie morale et la sagesse (III).

I. Une critique de la superficialité des jugements humains

1. Une comparaison entre l’homme et les animaux

Montaigne commence par souligner un paradoxe : on juge les animaux selon leurs capacités propres (cheval pour sa vitesse, lévrier pour sa course), mais on n’applique pas ce bon sens à l’homme. Il utilise un procédé comparatif très efficace pour mettre en évidence cette incohérence.

2. Une dénonciation des apparences sociales

Il critique les signes extérieurs de richesse et de prestige (beau château, rente, habits, titres) que la société valorise. Ces éléments ne sont ni innés ni essentiels à la personne. Montaigne emploie des images concrètes, comme celle du chat qu’on n’achète pas sans le voir, ou du cheval qu’on examine sans harnais, pour illustrer l’idée que l’homme, lui, est évalué « empaqueté ».

3. La satire des conventions sociales

Par l’ironie (le socle ne fait pas partie de la statue, les patins qui donnent l’illusion de grandeur), il ridiculise les artifices et la confusion entre l’homme et ce qu’il possède. Ces critiques montrent son rejet des jugements basés sur la fortune ou les apparences.

II. Un appel à un jugement fondé sur l’essentiel : la valeur intérieure

1. La métaphore du « corps en chemise »

Montaigne appelle à dépouiller l’homme de ses attributs extérieurs : « qu’il se présente en chemise ». Cette image forte invite à une lecture intérieure de la personne, recentrée sur l’essentiel.

2. La quête de la véritable valeur

Il pose une série de questions rhétoriques : l’homme est-il sain, courageux, maître de lui ? Cette série de critères correspond aux vertus stoïciennes : maîtrise de soi, indépendance d’esprit, sérénité face à la mort.

3. L’opposition entre l’être et l’avoir

Il insiste sur la différence entre ce que l’on est vraiment (l’âme, les vertus, la solidité morale) et ce que l’on possède. Il invite à ne pas confondre la richesse intérieure, durable et profonde, avec les décorations superficielles, changeantes et dépendantes de la fortune.

III. Une leçon humaniste : valoriser l’homme maître de lui-même

1. Une définition de la vraie grandeur

Montaigne définit un homme véritablement grand comme celui qui domine ses passions, ne craint ni la pauvreté ni la mort, et résiste aux aléas du sort. Il emploie une belle image poétique : l’homme vertueux est « rond et poli comme une boucle » sur laquelle tout glisse.

2. Une vision stoïcienne de l’homme accompli

Le texte rejoint la philosophie stoïcienne, très présente à la Renaissance : l’homme libre est celui qui ne dépend pas de l’extérieur, mais qui possède en lui-même sa propre force, son autonomie.

3. L’homme comme souverain de lui-même

La dernière phrase – « il est à lui-même son empire » – résume l’idéal humaniste : l’homme accompli est son propre maître, bien plus noble que n’importe quel roi ou prince. Ce renversement des hiérarchies sociales est au cœur de la pensée de Montaigne.

Dans cet extrait, Montaigne, par un raisonnement vivant et imagé, critique les jugements sociaux fondés sur les apparences. Il propose une nouvelle échelle de valeur, centrée sur les qualités personnelles, l’âme, la sagesse et la force morale. Cette réflexion humaniste, profondément actuelle, nous pousse à revoir nos propres critères d’admiration, et à chercher la véritable grandeur là où elle se trouve : dans l’être, et non dans l’avoir.

Pour prolonger : Eduscol — Bac de françaisGallica (BnF)France CulturePersée


Dissertation 1 — Prévost, Manon Lescaut : « je trouvais de la joie dans cet exercice de ma liberté »

Dans Manon Lescaut, l’Abbé Prévost raconte les aventures passionnées et tumultueuses du chevalier Des Grieux, partagé entre les élans de son cœur et les exigences de la morale sociale. Au fil du roman, ce héros en proie à ses contradictions se retrouve dans des situations extrêmes, parfois tragiques. Lors d’un rare moment de répit, après s’être évadé de prison, Des Grieux savoure sa liberté retrouvée : « je trouvais de la joie dans cet exercice de ma liberté ». Cette déclaration semble anodine, mais elle éclaire en profondeur la nature du personnage et les enjeux fondamentaux du récit.

Problématique : En quoi cette phrase révèle-t-elle la complexité du personnage de Des Grieux et la portée du roman de Prévost ? Pour répondre à cette question, nous verrons d’abord que cette joie manifeste une liberté retrouvée, profondément ressentie. Nous montrerons ensuite que cette liberté est vite rattrapée par les entraves de la passion et du destin. Enfin, nous interrogerons la portée plus large de cette citation, entre illusion de liberté et critique de la société.

I. Une joie spontanée et sincère : la liberté comme élan vital

A. Euphorie de l’évasion et du danger surmonté

Des Grieux vient de s’échapper d’un lieu d’enfermement. Sa marche dans Paris, en toute impunité, lui donne une sensation intense de légèreté. La liberté s’éprouve ici physiquement, dans le simple fait de marcher sans crainte.

B. Reconquête d’autonomie après les captivités

Le roman est jalonné de scènes d’enfermement (monastère, prison, transport). Ce moment rompt, provisoirement, la logique d’aliénation qui dominait jusque-là.

C. Désir de vivre selon ses propres lois

Dès l’ouverture, Des Grieux refuse le destin imposé (prêtrise, obéissance familiale). Le goût de la liberté est une constante identitaire.

II. Une liberté aussitôt rattrapée par les chaînes de la passion

A. Amour asservissant

La pensée de Manon reparaît et rechaîne Des Grieux. Il sacrifie sa liberté à la passion, au risque de répéter ses erreurs.

B. Répétition tragique

Mensonge, jeu, compromissions : son itinéraire reproduit les mêmes choix destructeurs. La liberté physique ne s’accompagne pas d’une liberté morale.

C. Illusion de libre arbitre

Le héros, emporté par le désir, semble condamné à l’errance passionnelle : le romanesque flirte avec la fatalité.

III. La portée du roman : réflexion sur la liberté

A. Liberté fragile dans un monde contraint

La société (police, justice, normes) rend toute liberté précaire et provisoire.

B. Critique implicite des oppressions

Prévost invite à lire le destin du héros comme le produit d’un ordre social répressif.

C. Entre passion, morale et société

Le roman interroge la possibilité d’être libre quand on est esclave de ses émotions.

Conclusion : La joie de Des Grieux est humaine, mais éphémère : elle révèle la tension centrale entre passion et liberté, individu et société.


Dissertation 2 — Balzac, La Peau de chagrin : Raphaël est-il responsable de son destin ?

Dans La Peau de chagrin (1831), Balzac raconte l’histoire de Raphaël de Valentin, jeune homme désespéré qui obtient un talisman exauçant ses désirs au prix de sa vie : chaque souhait rétrécit la peau et l’approche de la mort. La question centrale : le héros est-il libre de ses choix ou prisonnier d’un destin dicté par la magie ?

I. La peau de chagrin semble condamner Raphaël

A. Pacte initial tragique

Averti par le marchand, Raphaël accepte en connaissance de cause : le pacte a valeur de destin.

B. Force irrésistible et mécanisme fatal

Le rétrécissement opère même sur des désirs involontaires, ôtant au héros la maîtrise de soi.

C. Fantastique et fatalisme

Le surnaturel installe un déterminisme inquiétant : l’homme comme jouet du destin.

II. Une part de responsabilité demeure

A. Un choix libre malgré l’avertissement

Raphaël n’était pas forcé : il cède à l’orgueil, au désir de puissance.

B. Refus de la tempérance

Il pourrait vivre modestement pour préserver la peau ; il préfère les plaisirs et le luxe.

C. Faiblesse morale

Le drame est aussi éthique : incapacité à maîtriser passions et pulsions.

III. Allégorie du destin humain et critique sociale

A. Métaphore du temps

La peau figure la vie qui se consume à mesure des désirs : condition de tout homme.

B. Société de la consommation

Balzac dénonce l’avidité moderne ; Raphaël est à la fois victime et complice.

C. Avertissement philosophique

Art de vivre : modérer ses désirs ou brûler sa vie ? La liberté se mesure à la sagesse.

Conclusion : Raphaël n’est pas entièrement libre, mais pas innocent : sa responsabilité morale engage sa perte.


Dissertation 3 — Colette, Sido & Les Vrilles de la vigne : « Il faut voir et non inventer »

Colette, autrice du début du XXe siècle, célèbre la beauté du monde et des sensations. « Il faut voir et non inventer » revendique une posture d’observation lucide. Éclaire-t-elle Sido et Les Vrilles de la vigne ?

I. Un art fondé sur la perception sensorielle

A. Regard attentif sur la nature

Descriptions précises des jardins, animaux, saisons : « voir » sans tricher.

B. Fidélité à l’enfance et à l’expérience vécue

Hommage à Sido, figure intuitive, par des scènes concrètes.

C. Écriture des sensations

Odeurs, sons, textures : la présence des sens gouverne le style.

II. Voir n’exclut pas la recréation poétique

A. Le regard devient style

Choix métaphoriques, rythmes, images : le réel est transfiguré par la langue.

B. Subjectivité assumée

Point de vue singulier ; Colette ne revendique pas l’objectivité froide.

C. Puissance évocatrice

La rêverie innerve certaines nouvelles : une magie sensible du quotidien.

III. Voir pour célébrer le monde

A. Nature inépuisable

Les choses deviennent belles lorsqu’on apprend à les regarder vraiment.

B. Leçon de présence

Sido incarne une gratitude active : être là, pleinement, avec le vivant.

C. Invitation au lecteur

Lire Colette, c’est réapprendre à percevoir : la lecture devient expérience sensorielle.

Conclusion : « Voir » chez Colette, c’est saisir le réel et le transmuer en art : une célébration du monde par l’écriture.


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