Corrigé SES Antilles 2026 – Jour 1
Bac général 2026 • SES • Antilles-Guyane • Jour 1

Corrigé SES Antilles 2026 jour 1

Cette page corrige les deux choix proposés : la dissertation sur les explications du commerce international et l’intégralité de l’épreuve composée consacrée à la croissance soutenable, à la structure socioprofessionnelle et au pouvoir intégrateur du travail.

Commerce internationalCroissance soutenableStructure socialeTravail et emploiMéthode AEI
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Les idées essentielles

Commerce internationalLes différences de spécialisation expliquent le commerce interbranche, mais les pays proches échangent aussi des produits similaires et fragmentent leurs chaînes de valeur.
Structure socialeDepuis 1982, la part des cadres a fortement augmenté tandis que celle des ouvriers a reculé, sous l’effet de mutations durables de l’emploi.
Intégration par le travailPrécarité, chômage durable et dégradation de la qualité du travail fragilisent revenus, droits, liens sociaux, identité et reconnaissance.

Analyse du sujet et du programme

Le fichier de programme joint est bien le programme officiel de sciences économiques et sociales de terminale générale, et non un programme de NSI. Le sujet correspond aux objectifs portant sur les fondements du commerce international, les limites écologiques de la croissance, la structure de la société française et les mutations du travail et de l’emploi. Le format de l’épreuve propose réglementairement une dissertation ou une épreuve composée en trois parties.

La qualité d’une copie repose sur quatre exigences : définir les notions du sujet, construire une réponse directement orientée vers la consigne, mobiliser les mécanismes du cours et exploiter précisément les documents sans les paraphraser.

Méthode AEI : chaque paragraphe peut suivre la logique Affirmation – Explication – Illustration. L’affirmation répond à la question, l’explication expose le mécanisme et l’illustration mobilise une donnée ou un exemple pertinent.

Choix 1 – Dissertation : le commerce international

Sujet

Le commerce international ne s’explique-t-il que par des échanges entre pays à spécialisations différentes ?

1. Comprendre précisément la question

La formulation « ne… que » invite à discuter une explication insuffisante. Il faut montrer que les différences de spécialisation expliquent une partie du commerce international, mais qu’elles ne suffisent pas : des pays comparables échangent des produits appartenant aux mêmes branches et participent ensemble à la production d’un même bien.

NotionDéfinition utile
Commerce internationalÉchanges de biens et services entre agents résidant dans des pays différents.
SpécialisationConcentration de la production d’un pays dans les activités pour lesquelles il dispose d’un avantage comparatif.
Commerce interbrancheÉchange de produits relevant de branches différentes, par exemple des machines contre des produits agricoles.
Commerce intrabrancheÉchanges croisés de produits appartenant à une même branche, souvent différenciés par la gamme, la qualité ou les caractéristiques.
Chaîne de valeurEnsemble des étapes permettant de concevoir, produire et commercialiser un bien, qui peuvent être réparties entre plusieurs pays.

2. Problématique et plan

Problématique possible : si les avantages comparatifs et les différences de dotations productives conduisent bien les pays à se spécialiser et à échanger des produits différents, comment expliquer l’importance des échanges entre économies proches, portant sur des produits similaires ou sur les différentes étapes d’un même processus productif ?
I. Les différences entre pays fondent une partie importante du commerce international
A. Les avantages comparatifs conduisent à la spécialisation.
B. Les dotations factorielles et technologiques différentes expliquent le commerce interbranche.
II. Le commerce international repose aussi sur les ressemblances entre pays et l’organisation mondiale de la production
A. Différenciation des produits, demande de variété et économies d’échelle nourrissent le commerce intrabranche.
B. La fragmentation des chaînes de valeur crée des échanges de composants et de tâches productives.

3. Exploitation du dossier documentaire

DocumentCe qu’il montreUtilisation
Document 1La France exporte surtout vers l’Argentine des produits chimiques, du matériel de transport et des machines ; elle importe principalement des produits alimentaires, végétaux et agricoles.Illustration du commerce interbranche associé à des spécialisations différentes.
Document 2Les principaux partenaires de la France sont surtout des économies développées et proches, notamment l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et l’Espagne.Les ressemblances de niveau de développement n’empêchent pas des échanges très importants.
Document 3La France et l’Allemagne s’échangent les mêmes grandes catégories : matériels de transport, produits chimiques, métallurgiques et machines.Preuve d’un commerce intrabranche, notamment de produits différenciés.
Document 4Les composants de l’A320 sont produits en France, Allemagne, Espagne et Royaume-Uni.Illustration de la fragmentation internationale de la chaîne de valeur.

4. Proposition de dissertation rédigée

Introduction. En 2024, l’Allemagne est à la fois le premier client et le premier fournisseur de la France parmi les pays présentés dans le dossier. Or ces deux économies disposent de niveaux de développement et de structures productives relativement proches. Ce constat montre que le commerce international, c’est-à-dire l’ensemble des échanges de biens et services entre pays, ne se réduit pas à l’échange de produits différents entre économies très dissemblables. La spécialisation désigne la concentration de la production dans certaines activités, notamment celles où un pays possède un avantage comparatif. Les différences de spécialisation expliquent donc une partie des échanges, mais sont-elles leur unique fondement ? Nous montrerons d’abord que les avantages comparatifs et les différences de dotations conduisent à un commerce entre branches différentes, puis que les échanges reposent aussi sur la différenciation des produits, les économies d’échelle et la fragmentation des chaînes de valeur.

I.A. Les avantages comparatifs conduisent les pays à se spécialiser

Même lorsqu’un pays est plus productif dans toutes les activités, il a intérêt à se spécialiser là où son avantage relatif est le plus important, ou son désavantage relatif le plus faible. Selon le raisonnement des avantages comparatifs, la spécialisation permet une meilleure allocation des ressources productives et accroît la production totale. Les pays peuvent alors échanger une partie de leur production et accéder à davantage de biens qu’en situation d’autarcie. Les échanges internationaux s’expliquent ainsi par des coûts d’opportunité différents. Chaque pays exporte les produits dans lesquels il est relativement plus efficace et importe ceux que ses partenaires produisent à un coût relatif inférieur.

I.B. Des dotations factorielles et technologiques différentes produisent un commerce interbranche

Les avantages comparatifs proviennent notamment de différences de dotations en facteurs de production et de technologie. Un pays relativement abondant en travail, en capital, en ressources naturelles ou en travail qualifié tend à se spécialiser dans les productions utilisant intensivement ce facteur. Des écarts de productivité liés à l’innovation, aux infrastructures ou aux savoir-faire influencent également la spécialisation. Le document 1 illustre clairement ce mécanisme : en 2023, la France exporte vers l’Argentine pour 374 millions de dollars de produits chimiques, 316 millions de matériel de transport et 181 millions de machines, alors qu’elle importe notamment des produits alimentaires, végétaux et agricoles. Les échanges portent donc sur des branches différentes et reflètent des structures productives distinctes. Les spécialisations différentes expliquent bien une partie du commerce mondial.

Transition

Cependant, cette explication rend mal compte de l’intensité des échanges entre pays proches et de niveau de développement comparable. Elle n’explique pas davantage pourquoi deux pays exportent et importent simultanément des produits appartenant à la même branche.

II.A. Les pays semblables échangent des produits différenciés

Une grande partie du commerce contemporain est intrabranche. Les consommateurs recherchent de la variété et peuvent distinguer les produits selon leur marque, leur style, leur qualité ou leur gamme de prix. Des entreprises situées dans plusieurs pays produisent donc des variétés différentes d’un même type de bien et les échangent. Ce commerce peut reposer sur une différenciation horizontale, lorsque les produits sont de qualité comparable mais possèdent des caractéristiques différentes, ou verticale, lorsqu’ils appartiennent à des niveaux de gamme distincts. Les économies d’échelle renforcent ce mécanisme : en produisant une variété pour un marché plus vaste, l’entreprise répartit ses coûts fixes sur davantage d’unités et réduit son coût moyen.

Les documents 2 et 3 confirment cette analyse. L’Allemagne, l’Italie, la Belgique et l’Espagne figurent parmi les premiers partenaires commerciaux de la France, alors que leurs économies sont relativement proches. Avec l’Allemagne, la France importe et exporte simultanément du matériel de transport, des produits chimiques, des produits métallurgiques et des machines. En 2023, le matériel de transport représente 24,8 % des importations françaises depuis l’Allemagne et une proportion également très élevée des exportations vers ce pays. Ces échanges croisés ne résultent pas seulement de spécialisations sectorielles différentes : ils correspondent aussi à des produits différenciés au sein des mêmes branches.

II.B. La fragmentation des chaînes de valeur multiplie les échanges de tâches et de composants

Les firmes multinationales décomposent aujourd’hui leur processus productif et localisent chaque étape dans le territoire jugé le plus adapté. La conception, la fabrication des composants, l’assemblage et la commercialisation peuvent être réalisés dans des pays différents. Cette internationalisation de la chaîne de valeur dépend des coûts, des compétences, de la proximité des marchés et de l’organisation des groupes. Un même produit franchit alors plusieurs frontières au cours de sa fabrication.

Le document 4 l’illustre avec l’A320. Le fuselage avant, le caisson central des ailes et les pylônes de moteurs sont notamment produits en France ; le fuselage central, les volets et des éléments de queue en Allemagne ; le stabilisateur horizontal en Espagne et les ailes au Royaume-Uni. Ces pays ne se spécialisent pas nécessairement dans des biens finaux entièrement différents : ils participent à des tâches complémentaires au sein d’une même chaîne de valeur aéronautique. Les échanges internationaux portent donc aussi sur des biens intermédiaires et des composants.

Conclusion. Les différences de spécialisation constituent un fondement majeur du commerce international. Les avantages comparatifs, les dotations factorielles et les écarts technologiques expliquent pourquoi des pays échangent des produits relevant de branches différentes, comme la France et l’Argentine. Toutefois, cette explication n’est pas exclusive. Les échanges entre pays comparables sont alimentés par la demande de variété, la différenciation des produits, les économies d’échelle et la fragmentation internationale des chaînes de valeur. Le commerce international associe donc commerce interbranche, commerce intrabranche et échanges de tâches productives.

Erreur à éviter : répondre uniquement « non » et consacrer toute la copie au commerce intrabranche. Le sujet exige d’abord d’expliquer sérieusement le rôle des spécialisations différentes, puis d’en montrer les limites.

Choix 2 – Épreuve composée, partie 1 (4 points)

Question

Vous montrerez qu’une croissance économique soutenable se heurte à des limites écologiques.

Analyse de la consigne

Il faut définir la croissance économique soutenable puis présenter plusieurs mécanismes montrant que la poursuite de la production peut dégrader le capital naturel. Une réponse organisée en deux ou trois paragraphes AEI est préférable à une liste.

La croissance économique correspond à l’augmentation durable de la production de biens et services, mesurée par le taux de variation du produit intérieur brut réel. Elle est soutenable lorsqu’elle permet de satisfaire les besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. Or elle se heurte à plusieurs limites écologiques.

D’abord, la production mobilise des ressources naturelles dont certaines sont épuisables ou se renouvellent plus lentement qu’elles ne sont exploitées. L’extraction d’énergies fossiles, de minerais ou la surexploitation de ressources halieutiques réduit le stock de capital naturel disponible. Même des ressources renouvelables deviennent menacées lorsque le rythme de prélèvement dépasse leur capacité de régénération.

Ensuite, la croissance génère des externalités négatives. Les émissions de gaz à effet de serre associées à la production et aux transports contribuent au changement climatique. Les pollutions de l’air, de l’eau et des sols, l’artificialisation des espaces ainsi que la destruction des habitats fragilisent la biodiversité et les services écosystémiques. Ces dégradations ne sont pas toujours intégrées dans les prix de marché : les agents peuvent donc produire et consommer sans supporter l’ensemble du coût social de leurs décisions.

Enfin, le progrès technique peut réduire la quantité de ressources ou d’énergie nécessaire à chaque unité produite, mais il ne garantit pas à lui seul une baisse de l’empreinte écologique totale. Les gains d’efficacité peuvent être compensés par l’augmentation des volumes produits et consommés : c’est l’effet rebond. Ainsi, sans modification des modes de production et de consommation et sans politiques environnementales adaptées, la croissance économique se heurte à l’épuisement des ressources, au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité.

Notions valorisées : capital naturel, ressources renouvelables et non renouvelables, externalités négatives, biens communs, innovation, soutenabilité et effet rebond.

Épreuve composée, partie 2 – Étude d’un document (6 points)

Question 1 – Comparer cadres et ouvriers

Le graphique donne des valeurs approximatives. Une bonne réponse cite les deux dates, effectue au moins un calcul simple et emploie correctement « points de pourcentage » et « pourcentage ».

Lecture des données

  • Cadres : environ 8,5 % de l’emploi en 1982 et 22,5 % en 2023.
  • Ouvriers : environ 30,5 % en 1982 et 19 % en 2023.

Calculs possibles

Cadres : 22,5 − 8,5 = +14 points de pourcentage.Coefficient multiplicateur : 22,5/8,5 ≈ 2,65, soit une hausse d’environ 165 %.Ouvriers : 19 − 30,5 = −11,5 points de pourcentage.Taux de variation : (19 − 30,5)/30,5 × 100 ≈ −38 %.

Entre 1982 et 2023, la part des cadres dans l’emploi total a fortement progressé : elle passe d’environ 8,5 % à 22,5 %, soit une hausse de 14 points de pourcentage. Elle a été multipliée par environ 2,6, ce qui représente une augmentation proche de 165 %. À l’inverse, la part des ouvriers recule d’environ 30,5 % à 19 %, soit une diminution de 11,5 points et d’environ 38 %. Les deux catégories connaissent donc des évolutions opposées : les cadres deviennent beaucoup plus nombreux dans la structure de l’emploi tandis que le poids relatif des ouvriers diminue.

Précision méthodologique : passer de 8,5 % à 22,5 % représente environ +14 points, et non +14 %. Le pourcentage d’augmentation est beaucoup plus élevé.

Question 2 – Quatre facteurs d’évolution de la structure socioprofessionnelle

1. La salarisation

La part des travailleurs salariés a augmenté au cours de la seconde moitié du XXe siècle, tandis que le poids de nombreux indépendants a diminué. Le recul des agriculteurs exploitants visible sur le graphique, d’environ 8 % en 1982 à près de 1 % en 2023, participe de cette transformation.

2. La tertiarisation

La progression des activités de services modifie la répartition des emplois. Elle favorise notamment les employés, les professions intermédiaires et les cadres, alors que le recul relatif de l’industrie et les gains de productivité industriels réduisent le poids des ouvriers.

3. L’élévation du niveau de qualification

La massification scolaire, l’allongement des études, la diffusion des technologies et la complexification des organisations accroissent la demande de travail qualifié. Cela contribue à la forte progression des cadres, passés d’environ 8,5 % à 22,5 % de l’emploi.

4. La féminisation des emplois

L’augmentation de l’activité professionnelle des femmes transforme la structure de l’emploi. Elle accompagne notamment l’essor du salariat et des services, dans lesquels les femmes sont nombreuses, même si la répartition entre catégories et métiers reste marquée par une ségrégation professionnelle.

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la structure socioprofessionnelle s’est transformée sous l’effet de la salarisation, de la tertiarisation, de l’élévation des qualifications et de la féminisation des emplois. Le recul de l’agriculture et des indépendants favorise la salarisation. Le développement des services augmente le poids des employés, professions intermédiaires et cadres, tandis que la désindustrialisation relative et les gains de productivité réduisent la part des ouvriers. L’allongement des études et les besoins croissants en compétences contribuent à la progression des cadres. Enfin, l’entrée massive des femmes sur le marché du travail renforce le salariat et accompagne la tertiarisation. Le document confirme ces mutations : la part des cadres augmente fortement, celle des professions intermédiaires progresse, alors que celles des ouvriers et surtout des agriculteurs diminuent.

Épreuve composée, partie 3 – Raisonnement sur le travail et l’emploi (10 points)

Sujet

À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que certaines évolutions du travail et de l’emploi affaiblissent le pouvoir intégrateur du travail.

1. Définir les termes et construire le raisonnement

Le travail désigne une activité de production de biens ou services. L’emploi est la forme institutionnalisée et rémunérée du travail. Le travail possède un pouvoir intégrateur car il fournit un revenu, des droits sociaux, un statut, une identité, des relations sociales et un sentiment d’utilité. La consigne « certaines évolutions » invite à étudier les transformations qui fragilisent ces fonctions sans affirmer que tout travail a cessé d’intégrer.

I. La précarisation de l’emploi et le chômage durable fragilisent l’intégration économique et sociale
A. La progression des emplois instables rend revenus, droits et trajectoires incertains.
B. Le chômage de longue durée éloigne durablement des ressources et relations procurées par l’emploi.
II. Les transformations de la qualité et du contenu du travail rendent l’intégration inégale
A. Faible qualification, rémunération insuffisante et mauvaises conditions de travail peuvent produire de l’insatisfaction.
B. La polarisation de la qualité des emplois expose davantage certains groupes au cumul des fragilités.

2. Apports des documents

DocumentDonnée ou idéeMécanisme à expliquer
Document 1La part cumulée des CDD et de l’intérim passe d’environ 5,5 % en 1982 à près de 14 % en 2017.Instabilité du contrat, discontinuité des revenus, droits et collectifs de travail.
Document 2Le chômage de longue durée atteint plusieurs pics supérieurs à 3 % et reste proche de 1,7 % en 2024.Éloignement durable de l’emploi, perte de revenu, de statut, de liens et risque de désaffiliation.
Document 3La satisfaction dans le travail passe de 65 % chez les ouvriers non qualifiés à 95 % chez les cadres.Le travail intègre inégalement selon qualification, reconnaissance, salaire et qualité de l’emploi.

3. Proposition de réponse rédigée

Introduction. L’emploi demeure une institution centrale des sociétés contemporaines. Il procure un revenu, ouvre des droits sociaux, structure le temps quotidien, donne accès à des relations professionnelles et contribue à l’identité et au statut social. Le travail possède ainsi un pouvoir intégrateur : il rattache l’individu à des collectifs et lui permet de participer à la vie économique et sociale. Cependant, les transformations récentes de l’emploi et du contenu du travail ne produisent pas les mêmes effets pour tous. La précarisation, le chômage durable et la dégradation de la qualité de certains emplois peuvent affaiblir les dimensions économiques, relationnelles et symboliques de cette intégration.

I.A. La progression des emplois instables fragilise la sécurité procurée par l’emploi

L’emploi stable apporte normalement une rémunération régulière, des droits sociaux et la possibilité de se projeter dans l’avenir. À l’inverse, les contrats courts et les missions d’intérim rendent les trajectoires plus discontinues. Le document 1 montre que la part des CDD et de l’intérim dans l’emploi salarié total passe d’environ 5,5 % en 1982 à près de 14 % en 2017, soit une hausse de plus de 8 points. Cette précarisation peut entraîner des alternances entre emploi et chômage, des revenus irréguliers et des difficultés d’accès au logement ou au crédit. Elle limite également l’accumulation de droits et la construction d’une carrière. Enfin, les changements fréquents d’entreprise compliquent l’intégration durable dans un collectif de travail et l’établissement de relations professionnelles stables. L’individu est en emploi, mais son intégration reste incertaine.

I.B. Le chômage de longue durée prive durablement des fonctions intégratrices de l’emploi

Le chômage correspond à une absence d’emploi subie pour une personne disponible et en recherche active. Lorsqu’il se prolonge, il ne se réduit pas à une perte de revenu. Il peut affaiblir les qualifications, réduire les contacts professionnels, déstructurer le temps et dégrader l’image de soi. Le document 2 montre que le chômage de longue durée a connu plusieurs périodes élevées : son taux dépasse 3 % au milieu des années 1980, à la fin des années 1990 et autour de 2015. Il reste encore proche de 1,7 % de la population active en 2024. Plus l’éloignement de l’emploi dure, plus le retour à l’emploi peut devenir difficile, notamment en raison de la perte de compétences ou de la réticence des employeurs. Les individus risquent alors un isolement relationnel et une perte de statut pouvant conduire à la désaffiliation.

Transition

L’intégration ne dépend toutefois pas seulement du fait de posséder ou non un emploi. Elle dépend également de la qualité du travail exercé, de sa reconnaissance et des satisfactions qu’il procure.

II.A. Un travail peu reconnu ou dégradé peut devenir une source de frustration

Le travail peut contribuer à l’épanouissement lorsqu’il permet de mobiliser ses compétences, de participer à une œuvre reconnue, de disposer d’autonomie et de recevoir une rémunération jugée satisfaisante. Mais les transformations de l’organisation productive peuvent aussi accroître l’intensité du travail, le contrôle, les contraintes temporelles ou la perte de sens. Certains salariés occupent des emplois faiblement rémunérés, répétitifs ou peu reconnus. Le document 3 souligne cette forte inégalité : si environ 85 % des salariés se déclarent satisfaits du travail en lui-même, cette proportion n’est que de 65 % parmi les ouvriers non qualifiés contre 95 % chez les cadres. Une faible qualification reconnue par le marché du travail réduit donc les possibilités d’épanouissement et de reconnaissance.

II.B. La polarisation de la qualité des emplois produit un cumul de fragilités

Les mutations du travail peuvent conduire à une polarisation de la qualité des emplois. Certains travailleurs qualifiés bénéficient d’autonomie, de perspectives de carrière et d’une forte reconnaissance, tandis que d’autres cumulent instabilité, bas salaire, faible autonomie et pénibilité. Serge Paugam montre dans le document 3 que l’insatisfaction dans le travail est fortement liée à l’insatisfaction salariale. Les ouvriers non qualifiés et certains employés risquent donc de cumuler plusieurs formes d’insatisfaction. Ils restent attachés à leur emploi parce qu’il procure un revenu et un statut, mais leur rapport au travail peut être davantage marqué par la frustration que par l’épanouissement. Le pouvoir intégrateur du travail devient alors inégal : l’emploi empêche une exclusion complète, tout en n’assurant qu’une intégration fragile.

Conclusion. Le travail conserve un rôle essentiel d’intégration, car il procure ressources, droits, relations, statut et reconnaissance. Cependant, la progression des contrats précaires, la persistance du chômage de longue durée et la polarisation de la qualité des emplois fragilisent ces fonctions. Certains individus alternent emplois courts et chômage, d’autres restent durablement éloignés de l’emploi, tandis que des salariés occupés cumulent faible rémunération et insatisfaction dans leur activité. Ces évolutions n’abolissent donc pas le pouvoir intégrateur du travail, mais elles le rendent plus incertain et profondément inégal selon la stabilité de l’emploi, la qualification et les conditions de travail.

Erreur à éviter : traiter seulement le chômage. Le sujet exige des évolutions du travail et de l’emploi : il faut donc étudier à la fois le statut d’emploi, l’accès à l’emploi et la qualité du travail.

Méthode pour réussir le sujet

Choisir l’épreuveLire les deux sujets et évaluer les connaissances réellement mobilisables avant de décider.
DissertationTransformer la question en problématique et construire un plan qui traite chaque terme du sujet.
Document statistiquePrésenter la source, les dates, le champ, l’unité et effectuer un calcul adapté.
ExploitationUne donnée doit toujours être suivie de l’idée qu’elle permet de démontrer.
RaisonnementOrganiser les paragraphes selon AEI et utiliser les trois documents sans suivre mécaniquement leur ordre.
ConclusionRépondre nettement à la problématique sans ajouter un nouveau développement.
Gestion indicative des 4 heures : environ 15 minutes pour choisir et analyser le sujet, 35 minutes de préparation, 2 h 50 de rédaction et 20 minutes de relecture. Pour l’épreuve composée, ajuster le temps au barème : environ 40 minutes pour l’EC1, 60 minutes pour l’EC2 et 1 h 50 pour l’EC3.

Réviser les SES

Les futures fiches et le futur lexique pourront approfondir les notions de cette épreuve : avantage comparatif, dotation factorielle, commerce intrabranche, chaîne de valeur, capital naturel, tertiarisation, salarisation, précarité, chômage de longue durée, intégration professionnelle et polarisation de la qualité des emplois.

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Corrigé des deux choixCORRIGÉ DANS LA PAGE

FAQ

Les deux sujets proposés sont-ils corrigés ?

Oui. La dissertation et les trois parties de l’épreuve composée sont intégralement traitées.

Quel plan utiliser pour la dissertation ?

Une première partie sur les différences de spécialisation, puis une seconde sur le commerce intrabranche et la fragmentation des chaînes de valeur.

Quelle différence entre points et pourcentage ?

La différence entre deux proportions s’exprime en points de pourcentage. Leur évolution relative se calcule avec un taux de variation.

Quels sont les quatre facteurs de transformation de la structure socioprofessionnelle ?

La salarisation, la tertiarisation, l’élévation des qualifications et la féminisation des emplois.

Comment définir le pouvoir intégrateur du travail ?

Le travail et l’emploi procurent un revenu, des droits, un statut, une identité, des relations sociales et un sentiment d’utilité.

Les fiches et le lexique SES sont-ils déjà disponibles ?

Non. Ils sont annoncés prochainement et aucun faux lien n’a été créé.